Résonances Intérieures
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L’Avenir, cette destination où nous arriverons tous sans GPS

« Je m’intéresse à l’avenir car c’est là que j’ai décidé de passer le restant de mes jours. » — Woody Allen

Woody Allen, ce grand anxieux new-yorkais qui a transformé ses névroses en carrière hollywoodienne, avait compris quelque chose d’essentiel : l’avenir n’est pas optionnel. On peut faire semblant de l’ignorer, le repousser à plus tard comme un rendez-vous chez le dentiste, mais il nous attend au tournant. Avec ou sans nous. De préférence avec, mais il ne demande pas notre avis.

Le silence qui en dit long

Récemment, lors d’un entretien, j’ai posé LA question. Celle qu’on pose depuis des décennies dans les cabinets de recrutement, les dîners de famille et les thérapies de couple. La question piège par excellence, celle qui fait transpirer même les plus confiants :

« Dans cinq ans, tu te vois où ? »

Silence.

Pas le silence contemplatif du sage bouddhiste. Non. Le silence du bug informatique. Le silence de quelqu’un qui vient de réaliser qu’il a oublié son mot de passe et que la question secrète est « quel est le sens de votre vie ? »

Puis, comme un naufragé agrippé à une bouée trouée, ces mots sont arrivés, presque en s’excusant d’exister :

« Je ne sais pas… Vu le contexte général, je suppose que je devrais y penser sérieusement ?! »

Point d’interrogation inclus. Parce que même la nécessité de penser à son avenir était devenue une question ouverte.

J’aurais pu applaudir. Vraiment. Pas par moquerie, mais par reconnaissance. Enfin quelqu’un qui osait dire la vérité : nous sommes nombreux à naviguer à vue, avec pour seule boussole un mélange confus d’injonctions contradictoires et d’une carotte devant les yeux.

L’avenir : ce projet dont personne n’a lu le cahier des charges

Nous vivons dans une époque fascinante. Nous planifions nos vacances six mois à l’avance, nous optimisons nos trajets avec Waze, nous suivons des tutoriels YouTube pour assembler des meubles suédois aux noms imprononçables. Mais notre propre vie ? Ah, ça… on verra bien.

On construit notre avenir comme on monte un meuble IKEA sans la notice : avec beaucoup d’espoir, quelques jurons bien sentis, et la conviction profonde qu’il manque probablement une pièce essentielle.

La question n’est même pas « où je veux aller ? » Elle est devenue : « Est-ce que je conduis encore ma propre voiture ou est-ce que je suis simplement passager dans un véhicule dont quelqu’un d’autre a programmé la destination ? »

Votre famille a ses idées. Votre entreprise a ses attentes. Les réseaux sociaux ont leurs standards de réussite. Instagram a ses codes esthétiques. Et vous, au milieu de tout ça, vous essayez de comprendre si ce rêve d’avenir que vous poursuivez est vraiment le vôtre ou si vous avez simplement téléchargé par erreur celui de quelqu’un d’autre.

L’acceptation, ou l’art de regarder en face ce qu’on préférerait voir flouter sur Instagram

Voici le paradoxe magnifique de notre époque : nous avons plus d’outils que jamais pour nous connaître (tests de personnalité, coaching, méditation, thérapie, astrologie, numérologie, et j’en passe), et pourtant nous sommes passés maîtres dans l’art d’éviter notre propre regard dans le miroir.

Nous appelons « fatigue » ce qui est en réalité une lassitude existentielle. Nous baptisons « manque de temps » ce qui est en vérité un manque d’envie. Nous nous entendons dire : « pas le bon moment » quand nous pensons : « pas le bon courage ».

Les mots que nous choisissons pour ne pas voir sont nos meilleurs avocats. Ils plaident notre cause avec éloquence devant le tribunal de notre conscience. « Votre Honneur, mon client n’est pas malheureux dans son travail, il est juste très, très fatigué. Depuis huit ans. »

On ne construit pas un avenir authentique sur des non-dits. On construit une maison de cartes très sophistiquée, avec des cartes de crédit.

L’acceptation n’est pas une capitulation. C’est juste arrêter de prétendre que le pull moche tricoté par belle-maman vous va à merveille. C’est accepter que ce qui était vrai à vingt ans ne l’est peut-être plus à quarante. Que les ambitions héritées peuvent être rendues, avec politesse mais fermeté. Que vous avez le droit de changer d’avis sur votre propre vie.

Le choix : ce luxe terrifiant que nous évitons comme la peste

Woody Allen, disait aussi : « Il y a deux types de personnes dans ce monde : celles qui divisent le monde en deux types de personnes, et celles qui ne le font pas. » J’aime cette absurdité lucide.

Nous aimerions tous que quelqu’un nous dise quoi faire. Un GPS de l’âme. Une application qui nous enverrait des notifications : « Tournez à droite vers la reconversion professionnelle » ou « Continuez tout droit, votre relation amoureuse est dans 500 mètres ».

Mais le choix, le vrai, celui qui engage, celui qui transforme, exige d’abord qu’on accepte de voir. Voir ce qui est là, maintenant. Pas ce qu’on voudrait qui soit là. Pas ce que les autres pensent qui devrait être là. Ce qui est.

Cette tension dans votre ventre quand vous pensez au lundi matin ? Elle a un message. Cette joie étrange quand vous faites cette chose que vous jugez « pas sérieuse » ? Elle aussi parle. Ces silences pendant les repas de famille quand on vous demande « alors, ça va le travail ? » Éloquents.

Tant qu’on refuse de voir, on ne choisit pas. On réagit. On compense. On évite. On fait du sur-place en prétendant avancer. On court sur un tapis roulant en se filmant pour Instagram avec le hashtag #goals.

My INNER VIEW, ou comment organiser un tête-à-tête avec la personne la plus difficile que vous connaissez : vous

C’est là qu’intervient ce concept étrange : un entretien avec vous-même. Pas un monologue devant votre miroir à trois heures du matin (quoique, ça peut être intéressant). Mais, un véritable entretien. Guidé. Structuré. Bienveillant mais sans concession.

My INNER VIEW, c’est un espace où vos hésitations deviennent des réponses. Où vos silences révèlent ce que vos certitudes cachent avec soin depuis des années. Où cette petite voix intérieure que vous faites taire depuis si longtemps peut enfin prendre le micro.

Pas de diagnostic à l’emporte-pièce. Pas de solution miracle vendue en pack premium. Juste vous, face à vous-même. Avec bienveillance. Avec lucidité. Avec cette question simple mais vertigineuse :

« Qu’est-ce que je refuse de voir en ce moment ? »

C’est terrifiant, n’est-ce pas ? Comme ouvrir une porte dont on ignore ce qu’il y a derrière. Sauf que dans ce cas, ce qu’il y a derrière, c’est vous. La version de vous que vous avez peut-être négligée, ignorée, reportée à plus tard.

La question qui change tout (ou au moins qui commence à changer quelque chose)

Woody Allen avait donc raison, ce vieux névrosé ! Nous allons tous passer le restant de nos jours dans l’avenir. C’est une certitude mathématique.

Mais la vraie question n’est pas « quel avenir ? »

Ce n’est même pas « où je veux aller ? »

C’est : « Qui sera là pour le vivre ? »

Qui sera cette personne qui franchira la porte de 2030 ? Sera-ce vous, vraiment vous, ou une version édulcorée, compressée, adaptée aux attentes extérieures ? Serez-vous le conducteur ou le passager ? Le scénariste ou la doublure ?

Parce qu’on peut avoir le plus bel avenir du monde sur le papier et se sentir complètement étranger dans sa propre vie. On peut cocher toutes les cases du succès et se demander pourquoi on a l’impression de jouer dans un film dont on n’a pas choisi le rôle.

L’avenir commence toujours au même endroit : dans le courage de regarder ce qui est là. Maintenant. En nous.

Pas demain. Pas quand ce sera « le bon moment ». Pas quand on aura plus de temps, plus d’argent, plus de certitudes.

Maintenant.

Parce que l’avenir, contrairement à ce que voudraient nous faire croire les vendeurs de rêves et les prophètes de la réussite, ne se construit pas uniquement avec des plans quinquennaux et des objectifs SMART.

Il se construit d’abord avec de l’honnêteté. L’honnêteté de regarder en face ce silence quand on nous demande « dans cinq ans, tu te vois où ? »

Et d’admettre que ne pas savoir, ce n’est pas un échec. C’est peut-être juste le début d’une vraie question.

Alors, qui voulez-vous ÊTRE pour cet avenir que vous construisez, aujourd’hui ?

Pas dans cinq ans. Aujourd’hui.

Parce que comme le dirait probablement Woody Allen entre deux séances de psychanalyse : l’avenir, c’est maintenant. Et il n’attend que vous pour commencer.